mardi 19 juillet 2011

J+39 : les premiers jours avec l'implant

Cela fait maintenant plusieurs jours que je porte l'implant, et je suis déjà accro à ce joujou high-tech. J'entend presque toujours pareil que lors de la première impression, c'est à dire des bruits métalliques et des sons et sifflements qui s'agitent dans tous les sens. L'ensemble est très aigu et très déformé. Pour imager, j'ai fait un test avec un piano. Avec l'implant seul, la note la plus grave donne pour résultat une note plus haute que le do du milieu (environ la note n°60 sur un piano à 88 touches).

Pour autant je constate déjà quelques légers progrès au niveau des sons entendus et de la compréhension de la parole. Sans lecture labiale, j'arrive à distinguer "oui" et "non" et à comprendre quelques (rares) phrases courtes comme "qu'est-ce que tu veux manger ?". Mais surtout, j'entend quelques nouveaux sons. Nouveau dans le sens où je ne les entendais pas ou peu auparavant, tout en sachant tout de même qu'un son se produisait. C'est donc ainsi que j'ai redécouvert le tic-tac du clignotant de voiture. Le son est tellement précis que je jurerai qu'un micro est collé au clignotant... Et donc je m'amuse parfois à changer de direction au lieu d'aller tout droit, juste pour le simple plaisir d'entendre le clignotant. Idiot, et pourtant... Des pics de sons aigus se font toujours ressentir mais ils tendent à s'atténuer au fil du temps.

J'arrive aussi à percevoir d'autres sons que je n'avais jamais remarqué auparavant, comme le tintement de la pièce en plastique Carrefour (pour les chariots), les gouttes de lait qui retombent dans le bol lorsque je mange un croissant, le tic-tac d'une horloge, et même un post-it qui tombe sur le sol ! Assez bluffant ! J'ai poussé le vice plus loin en faisant tomber, cette fois, une miette de croûte de pain de 3-4 millimètres sur le sol : j'entend le choc ! Je fais toujours des comparaisons avec l'appareil droit et je me rend bien compte que j'entend beaucoup plus fort avec l'implant. Cela dit, je perçois toujours ce grésillement permanent, et je vois bien que le cerveau mouline sans cesse à longueurs de journées car je tombe vite de fatigue et je fais souvent des siestes... Dans tous les cas, j'essaye de porter le plus possible l'implant, c'est-à-dire du matin du soir sans interruption. Le cinquième jour, j'ai eu l'impression que ça commençait à porter ses fruits, puisque j'ai globalement l'impression de mieux comprendre en face à face en conjuguant la puissance sonore de l'implant et la maîtrise de l'appareil droit. Mais ça en devient dur de le mettre toute la journée en entendant des sifflements, si bien que mon entourage a eu droit à quelques scènes de craquage et de détresse...

Quant au processeur lui-même, son poids se faisait un peu ressentir au début, mais c'est une question d'habitude. L'antenne est tellement discrète que je vérifie souvent si je ne l'ai pas perdu... Je trouve plus facilement le point d'aimantation, mais il arrive que l'antenne se détache lorsque je fais un mouvement brusque (changement soudain de direction, quand je me baisse rapidement, etc.) ou quand je cours (lorsque je suis en retard par exemple). J'ai une puissance d'aimantation de 4, il faudra que je demande un de 5 (les puissances vont de 0,5 à 5). Lorsque j'enlève l'antenne, ça me fait un sifflement Larsen (comme lorsqu'on enlève un appareil) mais directement dans ma tête. Je redécouvre surtout le simple plaisir de ne plus être ennuyé par les sifflements propres aux appareils, qui se mettent systématiquement à brailler dès que l'embout n'était pas correctement enfoncé. L'absence de Larsen, c'est vraiment, vraiment une révolution à lui tout seul !
Passons au boitier du processeur, il est fait dans un plastique brillant, on voit facilement des traces de doigts et de poussière, et il est un peu plus imposant que mon appareil (voir photos).


J'ai pu, durant ces quelques jours, me faire une première idée de l'autonomie de l'implant. Avec des piles, ça a l'air de durer au moins deux jours. Avec une batterie, une journée. Ce n'est malgré tout pas si contraignant que ça puisque j'ai deux batteries et un chargeur : avant de me coucher je recharge les batteries, le lendemain j'en utilise un pour la journée et j'emporte l'autre avec moi au cas où, et ainsi de suite... Ce n'est qu'une première estimation de l'autonomie, car il faut bien garder en mémoire que ça dépend beaucoup des réglages, qui sont pour l'instant évidemment peu optimisés. Je dispose d'un écrin laqué noir (et frappé du logo de Cochlear) pour ranger justement les batteries, les piles et l'implant et pouvoir les amener partout :


Je fais également mes premiers pas avec l'assistant sans fil livré. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit aussi puissant que ça. Il permet de gérer l'autonomie de l'implant, son volume et ses différents programmes, et il peut diagnostiquer les problèmes (antenne non branchée, plus de piles, etc.). Au début des réglages, je m'en sers souvent pour régler le volume. A long terme je pense m'en servir moins, habitude oblige. C'est une bonne petite surprise, moi qui m'attendait à retrouver une télécommande gadget dans la lignée de ce que j'ai eu il y a plusieurs années pour mes appareils...


Demain aura lieu la première rééducation au CHU de Limoges. Je reste assez dubitatif quant à son utilité, car ma plage de fréquences est pour l'instant beaucoup trop limitée (une vingtaine de notes qui pointent vers les aigus). J'arrive certes à distinguer les voix mais je les perçois en noir et blanc en quelque sorte... Le prochain réglage aura lieu le 27 juillet, suivi d'une autre rééducation qui devrait, cette fois-ci, être beaucoup plus enrichissante... En attendant, je ne manquerais pas de raconter en détails sur ce blog cette première séance.