mercredi 27 juillet 2011

J+47 : Le deuxième réglage

Je suis retourné ce matin au CHU de Limoges pour le deuxième réglage de l'implant, deux semaines après le premier. Le déroulement s'est pratiquement passé de la même façon que la première fois, en deux étapes.

Il faut tout d'abord essayer d'entendre le plus petit son possible pour chaque électrode, ce qui me demande une concentration extrême pour savoir si je perçois réellement le son ou si c'est mon imagination qui me fait jouer un soi-disant son. Même opération pour déterminer les seuils maximums pour chaque électrode. A la fin, l'audioprothésiste et l'orthophoniste constatent que l'écart entre le son faible et le son fort s'est beaucoup amélioré par rapport à la première séance, où le moindre bruit me faisait sursauter. L'implant est ensuite activé avec les nouveaux réglages. Trop fort. Je demande plusieurs fois à baisser. Je prend pour référence le tic-tac de l'horloge de la salle, que je n'entendais pas du tout le 13 juillet dernier, et qui désormais me hante à chaque fois que je le vois. Dans l'immédiat, je ne vois pas trop de différences avec l'ancien réglage, hormis la puissance sonore. Comme toujours, tout est question d'habitude, et gageons qu'au bout de quelques jours je verrais encore des améliorations même si j'en ai eu pas mal avant de venir à l'hôpital. En effet, je perçois de mieux en mieux la voix au fil des jours. Je ne la comprends pas toujours sans lecture labiale mais elle devient de plus en plus limpide, précise et plus agréable à entendre même si elle a toujours cette sensation métallique. Ces bonnes impressions seront confirmés par la séance d'orthophonie qui suit les réglages.

Pour cette deuxième rééducation, le but consistait à répéter une liste de vingt mots avec : 
- prothèse droite (P) + implant cochléaire (IC) + lecture labiale (LL)
- IC + LL
- IC seul

Dans le bilan effectué avant l'opération, j'avais déjà fait cette liste de mots avec P + LL et P seul. Il s'agit aujourd'hui de comparer les résultats avant et après l'implant.  

Avant l'implant :
  • 20 mots monosyllabiques
    • P + LL : 4/20
    • P seul : 0/20
  • 20 mots dissyllabiques :
    • P + LL : 6/20
    • P seul : 3/20
Après l'implant (2ème réglage) :
  • 20 mots monosyllabiques :
    • P + IC + LL : 17/20
    • IC + LL : 19/20
    • IC seul : 4/20
  • 20 mots dissyllabiques :
    • P + IC + LL : 16/20
    • IC + LL : 17/20
    • IC seul : 9/20
Comme vous pouvez le voir, l'implant fait déjà son effet. Couplé à la lecture labiale, il se révèle bien plus efficace qu'avec la prothèse droite + lecture labiale. Sans lecture labiale, je comprends mieux avec l'implant qu'avec la prothèse !

Certes, ce n'est "qu'une" série de 20 mots, mais les résultats sont encourageants et me permettent de réaliser que le meilleur reste à venir, avec une compréhension parfaite (disons plutôt "normale") des discussions sans forcément être systématiquement accroché aux lèvres des gens ! Je garde toutefois à l'esprit que le cerveau n'a pas de baguette magique et que tout ne fera pas en un jour. L'orthophoniste m'a prôné l'utilisation de la radio et, par extension, la télévision et les livres audios. 

Pour en revenir aux réglages, j'ai profité de cette matinée pour demander à ce qu'on me mette la boucle magnétique sur l'implant. Elle peut être activée en utilisant l'assistant sans fil. Il ne me reste à présent plus qu'à commander des écouteurs avec prise Jack (MP3), compatibles avec la boucle magnétique. J'en ferais bien sûr un retour sur ce blog.

En attendant, le prochain réglage est fixé au mercredi 10 août, suivi comme d'habitude d'une séance de rééducation.

samedi 23 juillet 2011

J+40 : La première rééducation

Sept jours après la première activation de mon implant, j'ai eu ma première rééducation avec l'orthophoniste du CHU. La séance a essentiellement été portée sur ma nouvelle vie avec l'implant et comment cela se passait au quotidien.

Jusqu'à présent, j'entends globalement la même chose qu'il y a une semaine, c'est-à-dire une petite plage de fréquences très orientée vers les aigus. Les voies sont toujours métalliques et fluettes, et les sons relativement stridents. Il y a néanmoins des améliorations au niveau de la précision des sons et surtout au niveau de la puissance sonore. C'est un constat : j'entends beaucoup plus fort qu'avec un seul appareil, et même par rapport à avant l'opération. J'arrive désormais à percevoir les minuscules bruits. Les cliquetis des touches de téléphone, les tapotements du doigt sur l'écran tactile, les frottements des poils d'un pinceau et même mon propre souffle. Dans le bruit, j'arrive mieux à discerner les voix du reste. En voiture, je suis régulièrement surpris par le détachement de la voix de la radio par rapport au bruit de la voiture, pourtant en pleine allure. Et ainsi de suite... Pratiquement tous les jours, je découvre, ou plutôt redécouvre, des sons que j'avais perdu de vue.

Pour en revenir à la séance de rééducation, étant donné la quasi-impossibilité de comprendre des voix avec l'implant seul, l'usage de l'appareil droit + lecture labiale a été utilisée. Dans un premier temps l'objectif de l'orthophoniste est de savoir où se trouve mes faiblesses et quels sons et syllabes je n'arrive pas à bien percevoir. Le but est de me préparer à la "vraie" rééducation quand les choses sérieuses commenceront vraiment, c'est-à-dire au bout du deuxième ou troisième réglage quand je pourrais entendre presque normalement avec l'implant.

Les exercices consistaient essentiellement à répéter des mots seuls et des phrases, en jouant sur les sosies labiaux et les mots qui se ressemblent phonétiquement. La répétition de mots seuls est beaucoup plus aléatoire tandis que celle des phrases passent comme une lettre à la poste. La présence d'un contexte m'aide énormément à comprendre toute la phrase.

La séance a duré une quarantaine de minutes et c'est naturellement avec impatience que j'attend mercredi prochain pour mon deuxième réglage...

mardi 19 juillet 2011

J+39 : les premiers jours avec l'implant

Cela fait maintenant plusieurs jours que je porte l'implant, et je suis déjà accro à ce joujou high-tech. J'entend presque toujours pareil que lors de la première impression, c'est à dire des bruits métalliques et des sons et sifflements qui s'agitent dans tous les sens. L'ensemble est très aigu et très déformé. Pour imager, j'ai fait un test avec un piano. Avec l'implant seul, la note la plus grave donne pour résultat une note plus haute que le do du milieu (environ la note n°60 sur un piano à 88 touches).

Pour autant je constate déjà quelques légers progrès au niveau des sons entendus et de la compréhension de la parole. Sans lecture labiale, j'arrive à distinguer "oui" et "non" et à comprendre quelques (rares) phrases courtes comme "qu'est-ce que tu veux manger ?". Mais surtout, j'entend quelques nouveaux sons. Nouveau dans le sens où je ne les entendais pas ou peu auparavant, tout en sachant tout de même qu'un son se produisait. C'est donc ainsi que j'ai redécouvert le tic-tac du clignotant de voiture. Le son est tellement précis que je jurerai qu'un micro est collé au clignotant... Et donc je m'amuse parfois à changer de direction au lieu d'aller tout droit, juste pour le simple plaisir d'entendre le clignotant. Idiot, et pourtant... Des pics de sons aigus se font toujours ressentir mais ils tendent à s'atténuer au fil du temps.

J'arrive aussi à percevoir d'autres sons que je n'avais jamais remarqué auparavant, comme le tintement de la pièce en plastique Carrefour (pour les chariots), les gouttes de lait qui retombent dans le bol lorsque je mange un croissant, le tic-tac d'une horloge, et même un post-it qui tombe sur le sol ! Assez bluffant ! J'ai poussé le vice plus loin en faisant tomber, cette fois, une miette de croûte de pain de 3-4 millimètres sur le sol : j'entend le choc ! Je fais toujours des comparaisons avec l'appareil droit et je me rend bien compte que j'entend beaucoup plus fort avec l'implant. Cela dit, je perçois toujours ce grésillement permanent, et je vois bien que le cerveau mouline sans cesse à longueurs de journées car je tombe vite de fatigue et je fais souvent des siestes... Dans tous les cas, j'essaye de porter le plus possible l'implant, c'est-à-dire du matin du soir sans interruption. Le cinquième jour, j'ai eu l'impression que ça commençait à porter ses fruits, puisque j'ai globalement l'impression de mieux comprendre en face à face en conjuguant la puissance sonore de l'implant et la maîtrise de l'appareil droit. Mais ça en devient dur de le mettre toute la journée en entendant des sifflements, si bien que mon entourage a eu droit à quelques scènes de craquage et de détresse...

Quant au processeur lui-même, son poids se faisait un peu ressentir au début, mais c'est une question d'habitude. L'antenne est tellement discrète que je vérifie souvent si je ne l'ai pas perdu... Je trouve plus facilement le point d'aimantation, mais il arrive que l'antenne se détache lorsque je fais un mouvement brusque (changement soudain de direction, quand je me baisse rapidement, etc.) ou quand je cours (lorsque je suis en retard par exemple). J'ai une puissance d'aimantation de 4, il faudra que je demande un de 5 (les puissances vont de 0,5 à 5). Lorsque j'enlève l'antenne, ça me fait un sifflement Larsen (comme lorsqu'on enlève un appareil) mais directement dans ma tête. Je redécouvre surtout le simple plaisir de ne plus être ennuyé par les sifflements propres aux appareils, qui se mettent systématiquement à brailler dès que l'embout n'était pas correctement enfoncé. L'absence de Larsen, c'est vraiment, vraiment une révolution à lui tout seul !
Passons au boitier du processeur, il est fait dans un plastique brillant, on voit facilement des traces de doigts et de poussière, et il est un peu plus imposant que mon appareil (voir photos).


J'ai pu, durant ces quelques jours, me faire une première idée de l'autonomie de l'implant. Avec des piles, ça a l'air de durer au moins deux jours. Avec une batterie, une journée. Ce n'est malgré tout pas si contraignant que ça puisque j'ai deux batteries et un chargeur : avant de me coucher je recharge les batteries, le lendemain j'en utilise un pour la journée et j'emporte l'autre avec moi au cas où, et ainsi de suite... Ce n'est qu'une première estimation de l'autonomie, car il faut bien garder en mémoire que ça dépend beaucoup des réglages, qui sont pour l'instant évidemment peu optimisés. Je dispose d'un écrin laqué noir (et frappé du logo de Cochlear) pour ranger justement les batteries, les piles et l'implant et pouvoir les amener partout :


Je fais également mes premiers pas avec l'assistant sans fil livré. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit aussi puissant que ça. Il permet de gérer l'autonomie de l'implant, son volume et ses différents programmes, et il peut diagnostiquer les problèmes (antenne non branchée, plus de piles, etc.). Au début des réglages, je m'en sers souvent pour régler le volume. A long terme je pense m'en servir moins, habitude oblige. C'est une bonne petite surprise, moi qui m'attendait à retrouver une télécommande gadget dans la lignée de ce que j'ai eu il y a plusieurs années pour mes appareils...


Demain aura lieu la première rééducation au CHU de Limoges. Je reste assez dubitatif quant à son utilité, car ma plage de fréquences est pour l'instant beaucoup trop limitée (une vingtaine de notes qui pointent vers les aigus). J'arrive certes à distinguer les voix mais je les perçois en noir et blanc en quelque sorte... Le prochain réglage aura lieu le 27 juillet, suivi d'une autre rééducation qui devrait, cette fois-ci, être beaucoup plus enrichissante... En attendant, je ne manquerais pas de raconter en détails sur ce blog cette première séance.

mercredi 13 juillet 2011

J+33 : Enfin le branchement !

Après 33 jours plongé dans le demi-silence, et donc autant de jours à essayer de vivre et de communiquer avec l'oreille restante, le grand jour est enfin arrivé. J'ai rendez-vous à 8h45 au CHU de Limoges. A 9h00, je passe dans le bureau du Dr. Aubry qui fait un simple contrôle de routine de la cicatrice, toute belle. A 9h10, je pénètre dans une salle où toute une équipe m'attend. Cette équipe est composée de 4 personnes :

- L'orthophoniste du CHU qui fera ma rééducation, Mme Durin.
- L'audioprothésiste qui fera les réglages et donc le premier branchement. Il ne s'agit pas de M. Parès comme attendu, mais de Mme Buffler, qui travaille aussi à Amplifon Limoges et que j'ai déjà eue pour s'occuper de mes appareils.
- Une dame travaillant à Cochlear, et qui vient probablement de Toulouse (là où se trouve le siège de Cochlear France).

Elles sont toutes assises autour de la grande table ronde de la pièce. Fébrilement, je m'assois près de Mme Buffler et je vois le Nucleus CP810 (le processeur du son) branché à un ordinateur portable. Assez imposant et plus large que mes appareils classiques. Puis elle me le met sur l'oreille, en fouillant dans mes cheveux le point d'aimantation. Elle m'explique qu'avant d'activer le processeur, elle va faire un balayage des électrodes. Tout d'abord elle m'envoie des sons qui deviennent de plus en plus forts, pour "tester". J'entends effectivement ce son, ça surprend beaucoup mais ça prouve que ça marche.

Puis vient ensuite le réglage de chacune des électrodes, ici 22. Le logiciel tourne sous Windows XP, hum j'espère qu'il n'y aura pas un bel écran bleu de plantage... Dans un premier temps, je dois dire quand le son commence à être audible. Et ce, pour les 22 électrodes. Ça dure une dizaine de minutes car ça demande de la concentration pour essayer de percevoir le moindre son.
La deuxième étape consiste à dire cette fois quand le son devient trop fort. L'audioprothésiste me donne pour cela une feuille avec une échelle de puissance des sons :  "inaudible, très doux, doux, agréable, fort, très fort, trop fort". Là encore, chaque électrode est passée en revue, et ça dure une dizaine de minutes.

Puis vient enfin l'instant où le processeur est activé. Activé ? Oui, la première impression est très très surprenante, il s'agit d'une bouillie de sons et de bruits mixés et malaxés dans tous les sens, de gazouillis indescriptibles et de sensations très métalliques. C'est impossible de distinguer la voix du reste. Des pics se font sentir au moindre choc, comme un stylo qui tombe sur la table, un pas sur le sol ou même certaines syllabes de la langue française. Une véritable cacophonie. Le son devient même trop fort et je demande plusieurs fois à le baisser.

Finalement c'est tellement impossible à décrire tellement c'est abstrait. Je n'ai malgré tout pas été déçu car je m'attendais plus ou moins à avoir ce genre de sensations. J'avais même le sourire aux lèvres. Toute l'équipe me dit que c'était parfaitement normal d'entendre ce tintamarre les premiers jours, car le cerveau reçoit un nouveau genre d'information et ne sait pas comment le traiter. Du coup, pour comprendre, j'ai été obligé de remettre l'appareil droit.

Mme Buffler me montre ensuite l'assistant sans fil qui me permettra de gérer le processeur à distance (via Bluetooth). Je pourrais ainsi piloter la puissance du son (car c'est assez fort actuellement), ainsi que les différents programmes, au nombre de deux pour l'instant. Le premier est le programme de base, tandis que le deuxième augmente de façon significative le volume. Au bout de quelques jours, une fois habitué à la puissance actuelle des sons, je risque de ne pas entendre assez fort, d'où ce deuxième programme.

J'essaye à mon tour de mettre le processeur, mais je n'arrive pas à trouver l'implant sous la peau. "Vous êtes sûres que j'ai bien été implanté ? On m'aurait menti ?!". Finalement je trouve, mais l'aimant n'est pas assez fort et ne s'accroche pas trop par dessus mes cheveux. Comme celui-ci est amovible (il se "clipse" dans l'antenne), on m'en met un plus puissant.

Quant à la consommation énergétique du processeur, au début, j'utiliserai des piles air/zinc, avant de passer sur des batteries rechargeables. Un socle de recharge et deux batteries m'ont été donné. Première surprise, le CP810 ne nécessite que deux piles, là où son prédécesseur en consommait trois. Je n'ai bien sûr pas encore eu le temps de tester la durée de vie avec piles et batteries.

Vient ensuite une discussion et des questions/réponses sur l'implant cochléaire en général. Par exemple, la plongée tête première est possible, mais déconseillée. La plongée sous-marine est possible dans une piscine et peut aller à plusieurs mètres en mer. On parle du nombre de séances de réglages et de rééducation. Pour la rééducation, ça sera une fois par semaine le mercredi entre midi et deux, pendant 45 minutes / 1 heure. Pour les réglages, ça sera environ toutes les trois semaines, et ça précédera à chaque fois la rééducation. Un arrêt de travail d'une demi-journée me sera donné à chaque fois.

On arrive déjà en fin de matinée, et au moment de partir, une énorme sacoche "Cochlear" m'est donné. Elle contient toute la panoplie du parfait petit implanté, à savoir :
- La documentation,
- le socle de charge, les chargeurs.
- une boîte pour déshumidifier le processeur et ses recharges.
- Divers accessoires de rechange (câble d'antenne, tube en plastique qui maintient le processeur sur l'oreille,
- L'assistant sans fil et les batteries
- Et j'en passe...

Dans un prochain billet, je présenterai en détail tout le contenu de cette sacoche avec photos à l'appui.

Pour finir, voici une petite photo :


vendredi 8 juillet 2011

J+29 : encore quelques jours d'attente avant le premier branchement...

Cela va faire déjà un mois que je me suis fais opéré. Un mois qui est passé relativement vite, mais qui est définitivement trop long à attendre puisqu'il me reste encore 5 jours avant la date fatidique du 13 juillet...

Depuis, j'ai largement eu le temps de me préparer psychologiquement à cette nouvelle épreuve : mes attentes, comment je vais réagir en cas de résultat non espéré, comment je vais faire la rééducation de mon côté (en ajoutant celle de base), comment j'essaye de me projeter dans cette nouvelle vie où j'arborerai un truc (l'antenne) sur la tête...

Au niveau de la convalescence, rien de spécial à signaler. Les douleurs ont complètement disparu, la cicatrice devient plus belle et plus discrète, et mon goût est en train de revenir progressivement, même si le coca est toujours difficilement buvable. Les hématomes sont partis mais mon oreille est toujours un peu décollée par rapport à la droite, et je crains que ça ne reste ainsi... Les acouphènes sont également partis à gauche, et ceux que j'avais à droite avant l'opération sont présents mais discrets et ponctuels. L'implant dissimulé sous la peau est parfaitement indécelable, les électrodes encore moins, c'est comme si je n'avais jamais subi d'opération... 

En réalité, le plus dur dans cette période d'attente, c'est d'être plongé en permanence à moitié dans le silence. J'ai beau être né sourd, c'est absolument impossible de pouvoir me passer du son et de ne pas pouvoir entendre la journée en société. Je suis un tel amoureux du bruit ambiant qui nous entoure et de la musique que ça en devient dur psychologiquement. Les communications deviennent également plus compliquées qu'elles ne l'étaient déjà avec mes deux appareils. Il faut souvent qu'on me répète les mots ou qu'on m'explique ce qu'il se passe. De ce constat, je me prive un peu plus de sorties avec d'autres gens, et je me garde souvent d'en inviter chez moi pour boire un verre, car je sais d'emblée que je serai hors-jeu. Comme d'habitude après tout, mais cette fois avec une oreille en moins... Moralement, je souffle le chaud et le froid, mais dans l'ensemble j'ai plutôt le bon moral, c'est la renaissance promise qui me permet de rester motivé et optimiste, même si je sais que les résultats pourraient ne pas être tout de suite à la hauteur. L'important est d'y croire à fond...

lundi 20 juin 2011

J+11 : 10 jours après l'opération

Cela fait maintenant 10 jours que je me suis fais implanté de l'oreille gauche, et 8 jours que je suis rentré chez moi. Pendant ce lap de temps, une infirmière venait tous les matins pour désinfecter avec de l'eau oxygénée et de l'éosine (produit rouge). La cicatrice est très belle, avec aucune croûte ou infection, juste un hématome qui devrait se résorber de lui-même. Avant de se coucher, on devait me faire un bandage à la tête pour protéger la plaie. La première nuit a été difficile car je me suis réveillé en panique et transpirant. La faute aux acouphènes et, peut-être quelque part, à l'absence de sons à gauche. J'ai ensuite été un peu insomniaque les nuits suivantes, cette fois-ci à cause du bandage et de l'inconfort en général. Au bout d'une semaine (vers le 16 juin), tout commençait petit à petit à rentrer dans l'ordre : je retrouvais le sommeil et les puissants acouphènes faiblissaient.

Au niveau des possibles effets secondaires et contraintes, je n'ai absolument pas eu de vertiges. Ma perte de goût est en train de revenir très légèrement et j'ai un peu plus de plaisir à manger. Mais certains aliments restent immangeables et imbuvables (comme le coca light, moi qui suit pourtant un grand fan). J'ai simplement remarqué que ma bouche était divisé en deux (palais, langue et lèvres) : le goût fonctionne à droite mais pas à gauche. La mastication d'aliments durs comme les steaks est difficile car ça tire sur la cicatrice. Les bâillements sont aussi limités. Parfois, je crache du sang. C'est sans doute le résultat de l'intubation lors de l'anesthésie. La nuit, je suis contraint de ne dormir que de dos ou sur le côté droit, et les bandages se défont parfois. Les douches sont simples à prendre, pourvu que je ne me mouille pas les cheveux et la plaie. L'interdiction de se laver les cheveux pendant 15 jours ne m'affecte pas plus que ça, probablement parce que j'ai eu la bonne idée d'aller au coiffeur deux jours avant l'opération.

Par contre il y a deux-trois jours, j'ai une douleur récurrente (à gauche) qui est typique d'une otite : oreille "bouchonnée" et impossibilité de se moucher (à cause de la connectivité nez-oreille). Du coup, le pavillon devient très sensible et impossible à plier sous peine de douleur aiguë... J'ai aussi remarqué que l'oreille gauche était un peu décollée par rapport à la droite. Bref, pas mal de questions à poser au docteur la prochaine fois...

A part ceci, beaucoup de fatigue, et donc de repos. Et pas grand-chose de neuf de plus à vous raconter dans mon quotidien excepté attendre et attendre encore... Le moral est assez bon mais être privé de son à gauche commence à être dur psychologiquement. J'ai essayé un test idiot : mettre mon appareil gauche "pour voir si j'entendrais", mais non, plus rien n'est capté. Comme prévu, l'opération a effectivement détruit les restes auditifs.

Aujourd'hui, je suis retourné au CHU de Limoges pour me faire enlever les points de suture. Un moment que j’appréhendais. Mais finalement ce n'est pas plus douloureux que ça en a l'air, ça pique juste un peu. Je revois le Dr. Aubry, elle est satisfaite de ma cicatrice, excepté un petit hématome. C'est cet hématome qui est la cause de ma pseudo-otite et de mon décollement d'oreille : il fait en quelque sorte pression sur l'oreille. Tout devrait revenir dans l'ordre. Elle me conseille d'attendre encore quelques jours avant de me laver la tête, et de continuer les antibiotiques jusqu'à ce soir. Surprise, elle me montre une radio de ma tête, qui a été effectuée juste après l'opération. J'arrive assez bien à distinguer l'implant, photographié de profil, et les électrodes. Elle me le montre ensuite où cela se situe sur le cuir chevelu : l'implant est situé vers le côté arrière gauche, à une dizaine de centimètres de l'oreille. Même avec tâtonnement, je suis incapable de le trouver, d'autant plus que physiquement, je ne le sens parfaitement pas, c'est complètement indolore et indécelable.

Le premier branchement de l'implant a été fixé, comme prévu, au 13 juillet à 8h45.

samedi 11 juin 2011

[1er implant] J+3 : déroulement et fin d'hospitalisation

Je suis de retour de l'hôpital après y avoir passé 3 jours interminables. L'opération s'est très bien passé et je n'ai eu aucun vertige, juste des douleurs modérées et supportables. Comme effets secondaires, j'ai malheureusement une perte de goût et des acouphènes un peu douloureux du côté de l'oreille implantée, alors que je n'en avais pas auparavant. Le plus dur reste à faire, c'est à dire attendre le premier branchement de l'implant, dont la date a été fixée au 13 juillet. Entre temps, je dois prendre soin de ma cicatrice, relativement courte (une dizaine de centimètres).  Une infirmière viendra tous les jours désinfecter la plaie, qui est laissée à l'air libre (bandage uniquement la nuit).

En attendant, voici le déroulement de mon séjour à l'hôpital :
- Je suis donc arrivé la veille, mercredi, à 16h avec une valise contenant des habits, des affaires de toilette et de quoi m'occuper. J'ai prévu des chemises et non des t-shirts, difficiles à enfiler avec l'énorme tête que j'aurais... Une fois ma chambre connue, je m'y installe et commence à assister au défilé d'infirmières et de medecins qui viennent tous me poser toutes sortes de questions de routine.

- Une infirmière vient dans ma chambre pour me raser une partie des cheveux. Je suis surpris de la très faible zone de rasage, qui suit le contour de l'oreille gauche et ne doit pas dépasser les 3cm de largeur.


- Puis le Dr. Aubry vient me voir pour s'assurer que tout est prêt pour l'opération, le lendemain à 8h du matin. Je lui demande si c'est possible de voir l'implant, mais c'est impossible car il est dans un emballage stérile.

- Mercredi soir, je prend une première douche à la bétadine en insistant bien sur les cheveux et la zone rasée. C'est impossible de remettre l'appareil droit ensuite car c'est un vrai nid à microbes. Puis je file au lit. La nuit sera très longue, je n'arrive pas à dormir convenablement, la faute sans doute au stress et au matelas un poil trop ferme à mon goût...

- Jeudi matin je suis réveillé à 6h du matin. Deuxième douche à la bétadine. J'enfile ensuite une longue chemise et j'attend dans mon lit. Une infirmière me fait une piqûre aux fesses pour m'apaiser et me relaxer. Un docteur arrive à 7h, s'empoigne du lit et le met sur roulettes. Allongé, je regarde le plafond défiler. Je ne réalise pas encore. Les minutes sont interminables. Après 5 minutes de route, j'arrive dans le bloc. Il fait un froid de canard. On me met une couverture chaude, et un gros tuyau sous la couverture qui envoit de l'air chaud. On me fait une perfusion sur le dos de la main droite et on prend mon pouls. Puis le fameux masque d'anesthésie arrive sur mon visage. J'essaye de lutter, en vain... Il est 7h20.

- 13h30. Je me réveille. Comme un premier réflexe, je regarde immédiatement l'horloge. Je me tâte la tête et je réalise que tout est fini. Je suis comateux à souhait, je vois tout flou et j'essaye d'appeler quelqu'un dans la salle de réveil. Une infirmière arrive. Je lui pose l'inévitable question : "alors ?". Elle me fait un pouce levé. Tout s'est bien passé. J'essaye de me rendormir mais impossible. J'ai très exactement la même sensation qu'une bonne cuite avec 10 verres de vodka dans le nez. Le temps passe. On me ramène enfin dans ma chambre. Je croise les doigts pour que ma copine y soit, car le chirurgien lui a dit de venir à 15h, or il est 14h. Ouf, elle est là... Je reprend un peu mes esprits. Les douleurs que j'ai ne sont pas trop fortes, elles sont vraiment supportables. Par contre je commence à avoir des hallucinations. Rien de bien méchant, mais les sensations du toucher et de la vue sont décuplées, c'est juste un peu désagréable et ça passe au bout de quelques heures.

- Le Dr. Aubry passe me voir pour m'expliquer que tout s'est bien passé et que l'opération a duré trois heures. Je passe l'après-midi à être dans un état vaseux, mais lucide. Pour l'anecdote, je commence à avoir une envie pressante, mais totalement impossible à soulager car mon système urinaire est encore "endormi" par l'anesthésie. Plus les heures passent et plus ça devient pressant, et du coup trés désagréable. Je prie les infirmières pour qu'elles m'emmènent aux toilettes, mais elles ont peur de me voir vacillier une fois debout. L'opération peut en effet provoquer des vertiges. À ma grande surprise, je n'en ai aucun, et j'arrive à peu près à me tenir debout, en étant soutenu par le personnel médical. Puis à 19h, la délivrance. Probablement mon meilleur séjour aux toilettes. Pendant toute cette journée, je suis donc plongé dans le silence total et ma copine me traduit en langue des signes pour pouvoir communiquer avec l'entourage.

- Au dîner du soir, où on me sert juste quelques desserts, je constate que j'ai plus ou moins perdu le goût des aliments, et que tout me paraît fade et sec à manger. C'est un des possibles effets secondaires de l'opération, car le nerf contrôlant le goût doit être écarté pour mettre l'électrode. Le docteur me parle d'un délai de un mois pour retrouver le plaisir de manger...

- Je passe une première nuit difficile, en raison de l'inconfort provoqués par le bandage et les douleurs, qui ont augmenté d'un cran. Toute la nuit, les infirmières se relaient pour remplacer ma poche d'anti-douleurs. Je n'arrive pas à dormir plus d'une heure d'affilé. C'est difficile de trouver une position confortable sur le lit, car je ne peux dormir que sur le dos ou le côté droit. D'autre part, ma perfusion à la main gauche m'empêche de bouger comme je veux. N'entendant aucun son, je constate que ma lecture labiale est assez au point car je comprend toutes les requêtes du personnel.

- Le deuxième jour au matin, je suis relativement en forme : aucun vertige, aucun problème pour me mettre debout et marcher, et peu de douleurs. J'essaye d'insister auprès du personnel pour que je puisse prendre une douche, car je commence à vraiment sentir le chacal... En outre je peux enfin abandonner la chemise d'hospitalisation inconfortable pour des habits classiques. Les heures défilent et paraissent interminables. J'essaye de marcher et de m'occuper pour faire passer les douleurs. Dans l'après-midi, des acouphènes assez puissants surviennent du côté gauche, les sifflements sont stridents et très désagréables. J'espère qu'il s'agit d'un autre effet indésirable qui va disparaître au fil des jours, car je n'en avait pas du tout avant l'opération. Après une bonne journée et demi dans le silence (sans doute un record depuis longtemps), j'en profite pour remettre mon appareil droit : que ça fait du bien de pouvoir réentendre à nouveau !

- La deuxième nuit est plus facile à vivre car on m'a enlevé la perf. Désormais les cachets se font par voie orale. Les douleurs ont baissé d'un cran, mais les acouphènes sont toujours présents. Après un réveil toujours aussi matinal à 8h, je constate que mon bandage s'est défait de lui-même et que ma cicatrice est à l'air libre. Je revois le docteur qui me dit que je vais pouvoir sortir dans l'après-midi. Enfin !! Elle me donne, en plus de quelques documents (arrêt de travail, ordonnance...), deux dates : 20 juin pour retirer les points de suture, et 13 juillet pour la première activation de l'implant !! Après un ultime déjeuner, je prépare mes affaires et je rentre chez moi le plus simplement au monde.

Au final, je garderais un assez bon souvenir de ce séjour hospitalier et de l'équipe médicale qui s'est bien occupée de moi, surtout pendant la première nuit.